Changement climatique et investissement

Notre impact environnemental sur la planète devrait influer sur le comportement des gouvernements, des industries et la façon dont se comporteront les entreprises dans les années à venir. Alors que les défis s’accumulent, les opportunités se multiplient elles aussi. Le secteur financier a l’occasion de défendre une approche plus holistique de l’investissement qui intègre aussi bien les performances financières que les impacts environnementaux.

Lors de la signature de l’Accord de Paris sur le changement climatique en 2015, 195 pays se sont mis d’accord pour maintenir la hausse des températures « bien en dessous » de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, en s’efforçant de la limiter à 1,5 °C. La plupart des signataires se sont concentrés sur l’objectif des 2 °C, ce qui représente une amélioration significative par rapport aux ambitions précédentes.

Mais revenons au mois d’octobre 2018 et au Rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le changement climatique approuvé par les gouvernements à l’approche de la Conférence de Katowice sur les changements climatiques organisée en Pologne en décembre 2018. Le rapport mentionne plus de 6 000 références scientifiques et la contribution précieuse de milliers d’examinateurs experts et de gouvernements du monde entier.

Il révèle que le fait de contenir la hausse des températures mondiale à 1,5 °C aurait des effets bénéfiques considérables, car un réchauffement de 2 °C augmenterait les risques liés aux changements climatiques, à commencer par les inondations, l’élévation du niveau de la mer, les chaleurs extrêmes, la sécheresse ou encore la pauvreté, pour des centaines de millions de personnes.

Atteindre l’objectif climatique ne sera pas facile et nécessitera, selon le GIEC, des changements rapides, inédits et de grande envergure dans tous les pans de la société. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’environ 3 500 milliards de dollars doivent être investis chaque année entre 2016 et 2050, soit environ deux fois plus que le montant des investissements actuels, rien que pour limiter le réchauffement à 2 °C.

On considère que d’ici 2030, 4 milliards de personnes vivront dans des zones à fort stress hydrique, et que d’ici 2050, la moitié de la population mondiale ne disposera pas d’un accès suffisant à l’eau. Environ 114 milliards d’euros seraient nécessaires chaque année pour satisfaire les besoins d’investissement dans les réseaux d’eau et d’assainissement d’ici 2030, concentrés à 60 % en Afrique subsaharienne [1].

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Pour Helen Clarkson, CEO de The Climate Group, "l'heure du changement a sonné"

« Ce rapport du GIEC appelle les nations, les entreprises, les autorités régionales et fédérales, ainsi que les villes à passer à l’action, en raison de l’ampleur et du rythme sans précédent des changements requis afin de limiter le réchauffement à 1,5 °C, explique-t-elle. Le processus de décarbonisation de l’économie a déjà commencé. C’est désormais aux entreprises et aux instances infranationales de se mobiliser et d’agir plus rapidement en prenant d’urgence des mesures plus ambitieuses que jamais. »

Les investisseurs doivent réévaluer leurs actifs

Le Dr Charles Donovan, Directeur du Centre de financement et d’investissement climatiques de l’Imperial College, précise : « On constate d’immenses lacunes en matière d’investissements et de financements liés au climat, car nous avons compris très tard que la majeure partie des capitaux étaient aux mains du secteur privé. Par conséquent, sans la participation de la communauté des investisseurs institutionnels, nous sommes bien incapables d’atteindre nos objectifs climatiques. »

Des initiatives telles que la formation de l’Équipe spéciale sur les informations financières ayant trait au climat (TCFD) [2] permettent de sensibiliser les investisseurs aux risques associés au changement climatique. Cela étant, les Principes pour l’Investissement responsable des Nations Unies (PRI) [3] font état d’un fossé entre l’objectif visé par l’Accord de Paris et la trajectoire des politiques actuelles.

Cette situation pourrait se traduire par ce qui est désigné dans les PRI comme une « réaction politique inévitable » afin de combler ce fossé avec l’Accord de Paris. Cela se traduirait par des politiques climatiques plus strictes qui « modifieraient immédiatement la manière dont les investisseurs évaluent les actifs et engendreraient une période d’incertitude et de volatilité élevée jusqu’à ce que les investisseurs parviennent à prendre pleinement la mesure de l’impact de telles politiques », précisent les PRI.

Toutefois, Charles Donovan ajoute que l’ampleur de la tâche est trop grande pour que des changements réglementaires suffisent à supprimer les émissions de gaz à effet de serre. « Certes, cette méthode a permis de régler le problème de la couche d’ozone et des pluies acides, mais le lien qui unit les émissions et le fonctionnement de l’économie mondiale est trop étroit et systémique. Nous devons refaçonner le secteur de l’énergie. Pour ce faire, nous devons investir massivement et injecter des milliers de milliards de dollars dans la transformation énergétique. »

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La Banque d’Angleterre a avisé les banques et les assureurs qu’ils devaient tous nommer un responsable de la gestion des risques climatiques, une première pour une banque centrale [4], mais sans doute pas le dernier avertissement de ce type. L’annonce intervient en effet seulement quelques jours après la déclaration de 18 banques centrales, toutes membres du Réseau pour le verdissement du système financier, selon laquelle les répercussions du changement climatique affectent l’ensemble du système et risquent d’être irréversibles si rien n’est fait [5].

Apporter une réponse appropriée

Au vu du durcissement des réglementations et des investissements considérables requis, il est désormais crucial que les investisseurs comprennent les défis et les opportunités liés au changement climatique.

Pour y parvenir, ils doivent parfaire leurs connaissances dans ce domaine. Près de 500 des plus grandes entreprises mondiales se sont fixé des objectifs dans le cadre de l’initiative Science-Based Targets, et les investisseurs se mettent à leur tour à utiliser des outils similaires, explique Matt Christensen, Global Head of Responsible Investment d’AXA Investment Managers.

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« Les investisseurs vont bientôt commencer à s’interroger sur la température de leur portefeuille global, une manière plus simple d’appréhender et d’assimiler les enjeux climatiques. En somme, c’est une version financière des objectifs Science-Based Targets, ajoute Matt Christensen. Les gens finiront par utiliser une terminologie particulière pour comparer les performances climatiques des entreprises. »

Les investisseurs commencent à étudier les solutions, de plus en plus nombreuses, pouvant leur permettre de maximiser les avantages sociaux et environnementaux. Ils réclament de plus en plus aux gérants d’actifs des outils afin de mener ce changement.

C’est là que les ressources comme la TCFD entrent en jeu, car elles permettent d’assurer une certaine homogénéisation du processus. L’harmonisation et la transparence sont deux critères essentiels. Pour le moment, les déclarations se font encore la plupart du temps sur la base du volontariat et restent sélectives.

« Il faut que nous puissions nous appuyer sur une liste de questions à poser à tous les acteurs d’un même secteur, afin de pouvoir comparer facilement leurs réponses, précise Matt Christensen. Les méthodes actuelles sont fastidieuses à la fois pour les entreprises et pour nous-mêmes. »

Faire partie de la solution

En plus de chercher à améliorer la performance des entreprises, les investisseurs peuvent également investir dans des solutions visant à lutter contre le changement climatique, notamment dans les énergies renouvelables telles que l’éolien ou le solaire, l’efficacité énergétique ou le stockage d’énergie et, plus largement, dans les infrastructures et les services sur lesquels elles s’appuient.

La demande en faveur des technologies propres est alimentée par les réglementations gouvernementales, le soutien des consommateurs et la demande des clients professionnels. Certaines des plus grandes entreprises du monde, parmi lesquelles Ikea, Anheuser-Busch InBev, GM ou encore Mars, ont adhéré à l’initiative RE100, s’engageant ainsi à n’utiliser que de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables.

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Ce type d’objectifs dope la croissance des achats des entreprises en énergies renouvelables, qui ont, depuis le début de l’année jusqu’en août, déjà conclu des contrats d’achat portant sur 7,2 GW d’énergies propres, contre 5,4 GW pour l’ensemble de l’année 2017. Les 152 signataires de l’initiative RE100 se sont à eux seuls engagés à acheter, d’ici 2030, plus d’énergies propres chaque année que ce que représente la demande totale actuelle d’électricité en Californie [6].

En dépit de leur simplicité apparente, il est nécessaire de clarifier certains points concernant les investissements verts. Par exemple, les détenteurs d’actifs tendent à investir dans des infrastructures à faibles émissions de carbone, comme l’hydroélectricité. Or, cette énergie est controversée, car elle entraîne des déplacements de population et détruit des habitats naturels.

L’investissement d’impact constitue une solution efficace pour remédier à cette problématique. Cette approche s’appuie sur l’objectif explicite de générer un impact social et environnemental positif et mesurable, mais aussi des performances financières. Ce secteur se développe rapidement, même s’il ne représente encore qu’une petite partie du marché.

Les encours dédiés aux investissements d’impact s’élèveraient à environ 228,1 milliards de dollars, d’après l’Enquête annuelle sur l’investissement d’impact 2018 du Réseau mondial d’investissement d’impact (GIIN). Cela représente donc une forte hausse par rapport aux 46 milliards de dollars investis en 2014 qui s’expliquerait en partie par l’adoption des objectifs de développement durable (ODD) par l’ONU. Ces objectifs fixés pour 2030 constituent une initiative mondiale en faveur de la croissance économique durable et s’attaquent à diverses problématiques sociales, notamment l’éducation, la santé, la protection sociale et les opportunités professionnelles ainsi qu’au changement climatique et à d’autres questions environnementales.

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Les ODD sont si ambitieux qu’aucune entreprise ne pourra les atteindre seules. La collaboration est donc fondamentale. Plusieurs initiatives visant à lutter contre le changement climatique et d’autres problématiques voient le jour.

Mettre l’accent sur les risques et les rendements

L’initiative Climate Action 100+ encourage les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre du monde à s’engager, tandis que l’Investor Agenda permet aux investisseurs de déclarer leurs actions en lien avec le changement climatique. Quelque 392 investisseurs totalisant 32 000 milliards d’actifs sous gestion utilisent l’Investor Agenda dans le but de mettre en évidence les mesures qu’ils ont déjà prises en faveur du climat et de prendre de nouveaux engagements.

« Nous essayons de fournir des données factuelles afin que les discussions portent sur les risques et les rendements, et non sur l’engagement et l’ambition. Nous sommes sur la bonne voie, même s’il nous reste du chemin à parcourir, car au cours des 20 à 30 années ayant suivi les premières alertes sur le climat, nous n’avons pas tenu ce genre de conversations, ajoute Charles Donovan.

La plupart des entreprises et institutions manquent encore de connaissances en la matière. Même celles tournées vers l’avenir qui s’efforcent de comprendre cette problématique présentent de sérieuses lacunes. Nombre de personnes ne prennent pas encore la mesure des bouleversements technologiques qui ont déjà commencé à se produire. »

Et Betty Yee, Contrôleur de l’État de Californie et membre du comité d’administration des deux grands fonds de pension américains CalPERS et CalSTRS, d’ajouter : « Les investisseurs sont particulièrement bien placés pour atténuer les menaces liées au changement climatique. Compte tenu des milliers de milliards de dollars d’encours dans le monde, nous sommes en mesure de demander des comptes aux principaux émetteurs de gaz à effet de serre et de tenir les gouvernements responsables des conséquences de leurs décisions. »

Pour faire réellement bouger les choses, l’engagement actif et positif devra devenir la norme. La stratégie du filtrage négatif visant à exclure les entreprises néfastes ne suffit plus. Comme le précise Matt Christensen d’AXA IM : « C’est une pratique peu efficace. Pour obtenir des résultats, il sera nécessaire que les secteurs majeurs, tels que ceux du pétrole et des services aux collectivités, se transforment afin de s’adapter à un monde sous contrainte carbone tout en soutenant la croissance. »

Si la société mondiale parvient à atteindre les objectifs visés en matière de changement climatique, les entreprises devront modifier en profondeur leurs activités et leurs pratiques, ce qui nécessitera qu’elles puissent disposer des financements nécessaires. Pour les investisseurs, cela se traduira par de nouvelles manières de penser et d’agir, et leur ouvrira un nouveau champ de possibilités.

[1] Banque européenne d’investissement : Sustainability Awareness framework presentation, juillet 2018

[2] https://www.fsb-tcfd.org/

[3] https://www.unpri.org/climate-change/the-inevitable-policy-response-to-climate-change/3578.article

[4] https://www.bankofengland.co.uk/-/media/boe/files/news/2018/october/pra-consults-on-its-expectations-for-the-management-of-financial-risks-from-climate-change.pdf?la=en&hash=D2C1AD2854024009989560B4B54ED66E34CF1331

[5] https://www.banque-france.fr/sites/default/files/media/2018/10/11/818366-ngfs-first-progress-report-20181011.pdf

[6] https://about.bnef.com/blog/corporations-already-purchased-record-clean-energy-volumes-2018-not-anomaly

 

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